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Les trois tamis de Socrate pour parler du harcèlement et des ragots avec les enfants.

Dernière mise à jour : 4 déc. 2023


ragot, potin


Voici le texte des trois tamis, fable apocryphe, tirée de les Philo-fables de Michel Piquemal, sur laquelle je vais baser ma réflexion aujourd'hui.

"Un jour, un homme vint trouver le philosophe Socrate et lui dit:

- Écoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s'est conduit.

- Je t'arrête tout de suite, répondit Socrate. As-tu songé à passer ce que tu as à me dire au travers de trois tamis?

Et comme l'homme le regardait d'un air perplexe, il ajouta:

- Oui, avant de parler, il faut toujours passer ce qu'on a à dire au travers de trois tamis. Voyons un peu! Le premier tamis est celui de la vérité. As-tu vérifié que ce que tu as à me dire est parfaitement exact?

- Non, je l'ai entendu raconter et ...

- Bien! Mais je suppose que tu l'as au moins fait passer au travers du second tamis, qui est celui de la bonté. Ce que tu désires me raconter, est-ce au moins quelque chose de bon?

L'homme hésita, puis répondit:

- Non, ce n'est malheureusement pas quelque chose de bon, au contraire …

- Hum! dit le philosophe. Voyons tout de même le troisième tamis. Est-il utile de me raconter ce que tu as envie de me dire?

- Utile? Pas exactement …

- Alors n'en parlons plus! dit Socrate. Si ce que tu as à me dire n'est ni vrai, ni bon, ni utile, je préfère l'ignorer. Et je te conseille même de l'oublier …"



Dans quelles situations peut-on utiliser cette fable pour réfléchir? Pour parler des ragots, des rumeurs, des bruits qui courent, des commérages, et du harcèlement scolaire. Je vais tenter de mettre à l’épreuve ces trois tamis et les nuancer, parce que ne pas prendre pour acquis ce qu’on lit est une posture philosophique nécessaire pour ne pas être influencé.

Pour réfléchir à cette fable, je vais notamment faire appel aux obstacles qu'on rencontre dans notre réflexion: les biais cognitifs et arguments fallacieux, qui correspondent au système 1 de la pensée (la pensée intuitive, rapide, émotionnelle, qui s'appuie sur des croyances, et bien d'autres choses encore), par opposition au système 2 (qui lui est plus rationnel, plus lent, qui demande de réfléchir, et d'autres choses encore).

Livre Système 1 Système 2 de Daniel Kahneman.


 

biais cognitif

Au sujet de ces biais cognitifs et arguments fallacieux qui sèment le trouble dans notre réflexion, vous pourrez en apprendre plus avec l'excellente formation de Julien Lavenu, qui a lieu le 3 décembre 2022 (à consulter sur son site LaboPhilo pour s'inscrire et être informé.e des autres dates). Durant cette formation que j'ai suivi moi-même, vous y découvrirez le fonctionnement des biais cognitifs, les pièges tendus par la pensée, et des exercices pratiques pour les déjouer, les comprendre, et des activités à faire avec les enfants et les adolescents pour travailler ces biais cognitifs. Inscrivez-vous vite, les places partent comment des petits pains!

 

On juge souvent les ragots, le commérage, comme quelque chose de négatif. Cette fable nous propose donc une solution pour rendre notre propos plus sain, et éviter de raconter des bêtises au sujet de quelqu’un. Nous allons passer au crible les trois tamis de Socrate à l'aide d’une situation concrète, pour les mettre à l’épreuve.


Tamis n°1

tamis

La vérité me semble être un critère clé pour s’assurer de la qualité de notre propos. Mais tout dépend de ce qu’on considère comme vrai.


Si on cherche à sourcer une info, on peut tout simplement mal chercher et tout faire pour confirmer nos propres hypothèses, en occultant les thèses inverses et les points de vue différents du nôtre.

C'est le biais de confirmation qui consiste à ne donner de la valeur qu'aux hypothèses qui sont les nôtres et à dévaloriser les autres, n'y accordant que peu d'attention.

Du coup, on répondrait à Socrate que c’est vrai, alors que c’est vrai pour nous et que la méthode de recherche de la vérité était mauvaise, ou peu fondée.


Si on transpose dans une situation de la vie courante, dans le cas d'un ragot par exemple, la source du ragot peut être un ami fiable, qui source ses infos, en qui nous avons confiance (même s' il peut se tromper). En ayant une confiance aveugle en lui, ou en ayant noué une relation d’amitié privilégiée, ce lien de confiance participe à la propagation de ragots et de commérages.

Si je pense que la source de mon information est fiable, pourquoi perdre du temps à aller vérifier? On appelle ça, l'aisance cognitive.

citation gordon pennycook


Mettons-nous en situation. Prenons l’exemple de Hippocrite, témoin d’un acte de peu de foi qu’il condamne assurément. Attention, humour à son paroxysme!


Hippocrite: “Tu ne sais pas ce que j’ai vu?

Toi: “Non, quoi?

  • Le cheum de Socrate fricote avec la voisine.

  • Haaaaan, mais non c’est pas vrai!

  • Si si c’est vrai, je les ai vus de mes propres yeux.

  • Tu as vu quoi?

  • Stephanius a pris dans ses bras la voisine, et la regardait avec un air des plus intenses. Même qu’ils se sont fait un bisous discret.

  • Tu les as vu quand?

  • Hier soir à la sortie de L’AgoraBar. Ils étaient devant l'entrée de leur immeuble, c’est là que je les ai vus. Et évidemment, ils sont rentrés ensemble!

  • Es-tu certain des propos que tu avances? C’est grave ce que tu me dis.

  • Tu sais très bien que je ne suis pas du genre à dire une chose sans fondement. Tu peux me faire confiance.

  • C’est vrai … Diantre Hippocrite, il faut rétablir la vérité et aller le dire à Socrate!

Crédible ou pas mon potin?


Tout le monde n’aurait pas envie d’aller ragoter, mais je pars du principe qu’ici, c’est le cas, pour les raisons suivantes (qui sont réalistes).


Première raison de ragoter!


chat super-héros

Tu souhaites le dire, non seulement parce que tu es un justicier qui va venir en aide à Socrate, mais en plus le potin est croustillant! Comment résister à l’envie d'aller crier sur les toits, de rétablir la vérité?

Alors tu vas voir Socrate pour lui raconter la dite nouvelle, tiraillé entre compassion et excitation.


(Au fond de toi tu sais déjà que tu vas débriefer avec ton BFF (meilleur.e ami.e) ce soir à l'apéro, en t'apitoyant sur le sort de Socrate, tout en te délectant d’avoir un potin croustillant à raconter! Car nous le verrons plus tard, en faisant ça, tu crées du lien).


Deuxième raison de ragoter!


détective

Vous avez une autre raison de vouloir rapporter le péché charnel de Stephanius. C’est qu’en réalité, vous ne l’appréciez pas beaucoup. Alors quand Hippocrite vous dit qu’il l’a vu fricoter, ni une ni deux vous vous sentez dans le vrai! “AH! Enfin! LE MONDE ENTIER VA VOIR SON VRAI VISAGE! Je le savais, je sens les gens moi. On a qu’une chance de faire bonne impression et lui, ne m’a pas fait bonne impression la première fois que je l’ai vu!”. C'est notamment l'argument de la personne, ad personam. En gros si t'aimes pas quelqu'un, alors tu ne lui accordes pas de crédit.


Troisième raison de ragoter!


Hippocrite, tu as vachement confiance en lui: il ne dit jamais une chose sans avoir pesé le pour et le contre, tout est vérifié, ce n’est pas une commère. Donc naturellement, tu n’as pas besoin de vérifier si ce qu’il dit est vrai puisque tu le juges digne de confiance. Sauf que Hippocrite, ce jour-là, était énervé car en sevrage de café, son mal de crâne a eu raison de lui. Donc il n'a plus rien pesé, et il n’y est pas allé de main morte. Et oui, Hippocrite est humain donc n’est pas infaillible! Il a vu le cheum de Socrate tenter de consoler la voisine qui a perdu son chat, Hippocrite a interprété ça comme du fricotage. Ce qu’il a cru être un bisous, était en fait une bise de réconfort. Puis Bernard a observé la scène à 22h en sortant de l’AgoraBar, en sevrage de café, donc énervé, et alcoolisé.


Résultat des courses.

Hippocrite a la réputation de dire des choses vraies, vérifiées, il passe le premier tamis. J’en fais une généralité et ne me doute pas une seconde que le tamis est percé ce jour-là, et que Hippocrite s’apprête à me raconter n’importe quoi. D’autant qu’il l’a vu de ses propres yeux, et si je vais confronter Stephanius, il n’y a pas beaucoup de chances qu’il confesse son péché.


Je n’aime pas le cheum de Socrate, on me dit qu’il a fait quelque chose de mal: mon intuition se confirme, je suis dans la vérité vraie “je le savais, je l’ai toujours su!”. Je me sens dans l’obligation de rétablir la vérité, son cheum ne peut pas s’en sortir comme ça et se jouer de nous.


Alors tu vas voir Socrate, et il te demande si c’est la vérité … bah oui c’est Hippocrite qui me l’a dit. “Ah Hippocrite?”, dit Socrate.


Première hypothèse


Socrate se dit oui c’est vrai, le bougre est plutôt digne de confiance (Socrate tombe aussi dans le panneau. En plus il est super beau Hippocrite, l’effet de halo marche à fond! Il le surestime et lui prête des qualités qu’il n’a pas).

Il te demande ensuite si ce que tu t’apprêtes à dire est bon. Euh non …. et il te coupe la parole!!! Relis le texte, il te coupe la parole à coup de tamis! Il ne veut pas que tu lui dises!


D’ailleurs “bon”, ça veut dire quoi? C'est flou cette histoire. Nous y reviendrons plus tard.


Seconde Hypothèse


  • Ah Hippocrite? Mais as-tu vérifié si ce qu’il dit est vrai? Parce que ça lui arrive de dire n’importe quoi au bistrot.

  • Oui, je sais qu’il dit la vérité (menteur!), il l’a vu de ses propres yeux.

  • Est-ce bon ?

  • Non, ce n’est pas bon.

  • Est-ce utile?

  • Oui, c’est utile …


Tu fais quoi Socrate hein? Résistes-tu à la tentation de ne pas savoir même si ce n’est pas bon, mais utile? Où est passée ta curiosité naturelle?


Troisième Hypothèse


  • Est-ce vrai?

  • Oui j’ai vérifié (ça vient toujours de Hippocrite le véritable).

  • Est-ce bon?

  • Oui, il est toujours bon de connaître la vérité - de mon point de vue.

Attends, Socrate a demandé si c’était quelque chose de bon, mais ça veut dire quoi? Moi je m'apprête à dire la vérité, c’est quelque chose de bon de dire la vérité, non? Même si ce n’est pas sympa pour Stephanius.

  • Est-ce utile? Oui, ça t’évitera de passer pour un cornu. Oups …

Les trois tamis sont cochés, on a donc le feu vert pour colporter le ragot!


Quatrième Hypothèse


C’est Hippocrite qui va directement le raconter à Socrate. Or, il a vu Stephanius et la voisine à 22h, nuit noire, en sevrage de café et alcoolisé.

Hippocrite nie en bloc avoir exagéré ses propos car il a une réputation à tenir, et il les a vu de ses propres yeux. Est-ce bon? (tout dépend de ce qu’on entend par “bon”). Est-ce utile? Du point de vue de Hippocrite, oui. Tu es trompé et je sais que tu n’aimes pas ça, donc bon…


Conclusion


Non seulement il faut être fort pour appliquer les trois tamis, mais être fort pour résister à l’infraction d’un des tamis. On a envie de dire, on a envie de savoir!


Tamis n°2

tamis

Quand bien même la vérité est un critère fondamental pour éviter de colporter des ragots, je m’interroge sur ce que signifie “est-ce que c’est bon?”

Bon dans quel sens? Utile? Agréable? Gentil? Moral? Qui veut du bien à autrui (celui de qui, de Socrate ou Stephanius)? La grille de lecture est large.


Pour moi, ça n’aurait de sens que si c’est rattaché à l’utile comme ce qui est profitable à autrui. Et son statut de vérité lui donne aussi une certaine utilité.


Si “bon” signifie agréable, ou gentil, je doute que dire uniquement des choses gentilles soit souhaitable et possible. Où serait l’authenticité, et l’honnêteté?


Si “bon” signifie bon d’un point de vue moral, alors ça pose tout un dilemme: il est moralement bon de dénoncer un mensonge si on considère que mentir est un acte qui menace la confiance qu’on accorde aux autres. Ce serait déontologiquement mal comme le soulignerait Kant. Donc dénoncer Stephanius c'est bon! Et comme on l'a vu, il y a plein de raisons de considérer qu'il est bon de le dénoncer.


Et il est moralement bon de dire la vérité à son ami, par souci d’authenticité (se soucier de la qualité de la relation), parce que mon intention est bonne (je souhaite protéger mon ami). Ou pour éviter une conséquence désastreuse (que Socrate soit trompé pendant des mois, que les autres le sachent alors que lui-même l’ignore, ou bien qu’il s’attache de plus en plus à Stephanius, et sa souffrance sera plus grande s’il l’apprend plus tard). Et je fais fi des conséquences pour Stephanius, il l’a bien cherché.


On peut aussi chercher les raisons pour lesquelles Stephanius agit ainsi, ce serait la meilleure chose à faire d'ailleurs. Mais étant informé, cela solutionne t-il notre problème? Car Stephanius peut nier en bloc, ainsi que la voisine! Néanmoins, on peut leur donner le bénéfice du doute, être convaincu car le chat est mort enterré quelque part, donc l'explication de Stephanius se tient. Le critère de la vérité est le plus convaincant si on se met d'accord sur les modalités de recherche de la vérité, celui de "bon" me semble être vraiment trop large.


Tamis n°3

tamis

La notion d’utile m’interroge également car, dans l’histoire de l’humanité, le commérage a une grande importance. Il a permis entre autres de créer des sociétés plus larges en faisant circuler les informations, et aujourd’hui il permet aussi d’entrer en contact avec autrui, et de souder les liens. En ce sens, Hippocrite a certaines raisons qui l’ont poussé à ragoter et à vous raconter ce qu’il a vu.


Une étude publiée dans la revue Current Biology par deux scientifiques de l’université de Dartmouth montre que le commérage joue le rôle de colle sociale entre individus et permet également d’en apprendre plus sur son environnement. Le commérage joue aussi un rôle sur notre réputation (je suis quelqu’un d'honnête car je dis la vérité, et je récuse la tromperie). Par le commérage, on montre aussi qui on est. "Les commentaires diffamatoires ne représentent qu'une proportion relativement faible des ragots du monde réel", disent les chercheurs Eshin Jolly et Luke J. Chang.


à l'écoute


Robin Dunbar nous explique dans son livre Grooming, Gossip, and the Evolution of Language, que faire des commérages facilitait l’union du groupe, renforçait les liens entre les différents groupes de personnes, et permettait d’obtenir des informations sur d’autres groupes pour ne pas être surpris.


Là où ça devient problématique, c’est quand le commérage devient une ruse pour asseoir son pouvoir. Par exemple, dans le cas du harcèlement scolaire.


En outre, les commérages négatifs sont un problème quand ils entraînent de graves conséquences. Et je pense qu’on ne parle plus vraiment de commérages ou de ragots, mais de propos diffamatoires ou de rumeurs.

Donc un tamis à ajouter serait “est-ce que la personne peut souffrir de graves conséquences injustifiées si tu me racontes ce que tu as à me dire?”


danger commérages

Pas si sûre Socrate qu'on va oublier, je t'explique après pourquoi.


Ça me semble être un point de réflexion plus précis à travailler avec les enfants et les ados. C’est une chose de dire qu’il ne faut pas commérer et avoir une parole saine, mais c’est utopique. Car le commérage a une utilité. Réfléchir avec les trois tamis n’évitera pas aux jeunes de raconter des ragots. Mais ils pourront peut-être distinguer le ragot de la rumeur en fonction de certains critères, comme celui de la dangerosité pour autrui.


Parler du harcèlement scolaire


Dans le cas du harcèlement scolaire, le critère de vérité est plus qu'essentiel. Mais n'oublions pas l'effet de groupe.


L'argument du nombre peut être très pesant dans nos prises de décisions et influencer nos idées. Si beaucoup d'enfants pensent que c'est vrai, il y a peu de chance que la rumeur ne prenne pas plus d'ampleur.


Autre exemple, une photo sortie de son contexte. De jeunes filles se sont vue tailler une réputation sur mesure à partir d'une photo volée qui n'avait aucun rapport avec la rumeur colportée (une photo dénudée pour son amoureux qui a abusé de sa confiance, l'a envoyé à ses copains, et pour faire le malin, raconte des choses qui ne se sont jamais passées). Là aussi, la vérité est biaisée, car on a une photo sur laquelle s'appuyer! Donc bien sûr qu'on y croit. Et on a d'autant plus envie d'y croire que c'est drôle d'y croire! C'est croustillant et on se délecte du croustillant. Donc tout ce qui peut confirmer notre croyance suffira pour nous persuader que oui, c'est vrai. C'est le biais de croyance.

Le biais de croyance consiste à se fier à ses croyances pour évaluer une conclusion. Donc la conclusion va dans le sens de ma croyance, et c'est ma croyance qui détermine la conclusion. C'est vachement pratique pour penser qu'on a raison d'ailleurs. Et c'est d'autant plus difficile de se remettre en question du coup!


On a une photo (une preuve concrète), on a l'intéressé qui raconte ce qui s'est passé (il y était, pourquoi douter de lui? En plus il est CANON, il n'a aucun intérêt à mentir, il a un succès fou - Effet de halo).


Donc même en donnant ce critère de vérité, il faut discuter en détail de ce que ça veut dire "vérité", de la façon dont on s'en approche, et SURTOUT, de prendre conscience des biais cognitifs qui se jouent de nous à cet instant.


Si on prend le tamis du "est-ce que c'est bon?", j'ai du mal à évaluer qu'il soit bon de colporter la rumeur qu'une fille est de peu de vertu, quoiqu'il arrive. Mais même en sachant ça, je me dis que le poids du "oui en même temps c'est vrai, elle avait qu'à être prudente et à faire attention, personne ne le saurait" a bien plus de poids que le "est-ce que c'est bon?". Car rappelons le, le ragot sert à poser ce qu'on pense. Si je dénonce le peu de vertu, c'est que je suis vertueux ou vertueuse. Donc ça dessine un portrait de moi flatteur! Ce n'est peut être pas bon pour autrui, mais j'y trouve un avantage. Et quand une rumeur est lancée, les jeunes ne vont pas se demander si c'est bon ou pas, ils vont le dire. Ça demande donc d'éveiller la prise de recul sur les choses, et ça s'apprend. Ça prend du temps. Je m'interroge, est-ce qu'il ne faut pas de l'empathie pour déterminer si c'est bon ou pas? Ce serait une autre compétence à développer.


Si on prend le tamis du "est-ce utile?", j'ai du mal aussi à voir l'utilité de colporter des rumeurs d'une telle gravité, de façon consciente. Mais de fait, colporter des ragots a une utilité comme je l'ai expliqué plus haut, et est un mécanisme d'ordre biologique. Là où ça pose problème, c'est quand les conséquences sont dangereuses pour autrui. D'où ma proposition: “est-ce que la personne peut souffrir de graves conséquences injustifiées si tu me racontes ce que tu as à me dire?”

1. Oui, donc j'arrête la rumeur.

2. Oui, les conséquences sont dangereuses pour autrui. Je prends conscience des conséquences, je peux me positionner différemment. Raconter le ragot, mais pour faire cesser la rumeur, protéger la victime. Le raconter aux bonnes personnes.


Et là ce qui est intéressant, c'est que si on répond oui, on prend conscience qu'on doit arrêter la rumeur, mais peut-on rester sans rien faire? Car on arriverait à une contradiction.

Si je raconte, c'est dangereux. Ça signifie que la personne est déjà en danger. Bon, pour l'aider je suis obligée de raconter, mais pas à n'importe qui. Ça peut être un autre tamis

"Est-ce que la personne à qui tu vas raconter ton potin est digne de confiance?", avec ce que ça implique: digne de confiance en ce qu'elle ne colporte pas inutilement des ragots. Et digne de confiance en ce qu'elle œuvrera pour le bien de la personne victime du ragot.

3. Non, ce n'est pas dangereux. Bah désolée, mais les potins c'est sympatoche aussi, j'aurais du mal à empêcher les autres d'en raconter. Je préfère donc réfléchir à la limite du potin plutôt que le diaboliser.


Cette analyse n’est que la mienne, donc n’hésitez pas à participer à la réflexion en laissant un commentaire, en exprimant ce que vous pensez, mais en ayant l'esprit philo, donc dans la volonté d'échanger de façon respectueuse!


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