top of page
Rechercher
  • Nadia Thuilliers

Faire de la philosophie avec les enfants en s'amusant - 1 kit offert.



Transmettre des valeurs aux enfants est une de nos tâches. Vous avez envie d'acheter le livre qui donnera des outils concrets pour les aider à gérer leurs émotions. Vous avez envie de leur faire comprendre qu'ils ne peuvent pas avoir tout ce qu'ils veulent de suite, ce qu'ils vivent comme une entrave à leur liberté lorsque vous refusez de céder à leurs désirs. Je vais vous proposer une expérience de pensée dans cet article qui permettra d'aborder ce sujet de façon amusante.


Vous avez aussi très envie de répondre à leurs questions, et parfois, vous ne savez pas comment faire. Vous vous sentez même démunis.


Que faire alors pour répondre à leurs questions ?

En faisant de la philo avec les enfants.


Vous êtes intéressés par la philo, et aimeriez l'introduire aux enfants, leur parler de notions philosophiques car vous pensez que c'est utile à notre vie. Vous aimeriez les guider vers le chemin d'une bonne philosophie de vie. Vous les influencerez dans leurs choix, dans leur vision des choses, pour le meilleur, selon vos critères d'une vie heureuse.


Mais vous auriez tout intérêt à leur apprendre à réfléchir, et voici pourquoi :


  1. Premièrement, parce qu’ils seront plus intéressés par des questions que par des notions. Quel être humain n’aime pas qu’on s’intéresse à lui ?

  2. Deuxièmement, parce qu’évoquer des notions philosophiques peut se confondre avec des leçons de morale déguisées, et les enfants en ont peut-être assez !

  3. Troisièmement, parce que vous leur apprendrez à penser par eux-mêmes. Certes, vous avez envie de transmettre des valeurs à vos enfants, mais n’oublions pas de leur transmettre des outils pour les aider à grandir. Apprendre à réfléchir est un outil important, puisqu’il permettra à vos enfants de ne pas se laisser influencer par n’importe qui.

  4. Et enfin, parce qu’apprendre à réfléchir c’est

  5. Utile pour soi.

  6. Utile pour développer son jugement critique.

  7. Utile pour le bac de philo dans une optique long terme.

Et vous serez surpris de découvrir ce que pensent les enfants de certains sujets.


Comment faire réfléchir les enfants ?


Il y a des outils ludiques pour le faire en famille, ou à l'école, sans que ce soit pompeux et ennuyeux : les expériences de pensée.


On peut demander aux enfants :

  1. Ce qu'ils feraient s’ils étaient échoués sur une île déserte, avec 200 personnes, suite au crash d’un avion, sans aucune ressources pour prévenir le monde extérieur.

  2. Leur demander ce que serait pour eux une école idéale, comme les règles pour garantir que cette école soit idéale et qu’elle le demeure, l’emploi du temps, le nombre d’élèves en classe, qu’apprend-on et comment le fait-on ? Le prof "idéal" (dans les ateliers philo que j’anime en visio, il a toujours été personnifié par un prof existant que les enfants ont croisé sur leur route, ou par leurs expériences en Instruction en Famille).

  3. Ou encore leur demander ce que serait un monde sans émotions, sans tristesse et sans colère incluses ! Pour comprendre les émotions ou apprendre à les gérer.


Voici une expérience de pensée de John Lock, que je synthétise au plus simple, qui permettra d'aborder la question de la liberté, de la frustration et du bonheur. Les philosophes pointilleux, ajoutez votre pierre à l’édifice en complétant cette réflexion en commentaire avec l'esprit philo.


L'expérience de pensée de John Locke, le prisonnier volontaire.


Un prisonnier a été capturé et mis en prison pendant son sommeil. Dans sa cellule, on a mis tout ce qu'il aime. Ses plats préférés, ses séries télévisées préférées, les jeux vidéos, tout ce qu’il aime. Il a tout le confort, et même son meilleur ami avec qui il adore parler.

À son réveil, il se rend compte qu'il est enfermé dans une prison, mais avec tout ce qu'il aime, tout ce qu'il veut. Il décide alors de rester en prison. Mais s'il décide d'y rester, il ne pourra plus jamais en sortir.

La question qu'on peut poser est : le prisonnier volontaire est-il libre ?


Comprendre l'intérêt de renoncer à certains de nos désirs.


Cette expérience de pensée en apparence enfantine est beaucoup plus riche qu’il n’y paraît. On parle de la liberté comme pouvoir de faire ce que je veux, mais pas uniquement.

Il peut en effet faire ce qu’il veut au sein de sa cellule, mais sans jamais pouvoir en sortir. Il perd donc sa liberté de mouvement.


Le prisonnier a choisi de rester, en ce sens, être libre, c’est pouvoir choisir ce qu’on veut.

On peut poser les questions suivantes :

  1. Quelles sont les raisons qui l’ont motivé à rester ?

  2. Avait-il de bonnes raisons de rester ?

  3. Quelles sont les conséquences de son choix ? (bonnes et mauvaises)

  4. Peut-on imaginer qu'il n'est pas réellement libre ?

  5. Son choix était-il un libre choix ?

  6. Qu'est-ce qu'un choix libre ?

Face à des tentations, des désirs forts, un sentiment de joie qui semble pouvoir perdurer éternellement, ce choix, qui semble être une expression de sa liberté, n’est en fait qu’une liberté illusoire : il a été prisonnier de ses désirs au point de se priver d'autres libertés essentielles.


Être prisonnier de ses désirs, c’est être dirigé par eux. En philosophie, c’est une idée connue qu’on puisse être esclave de nos désirs si on s’y soumet, et que la liberté provient de notre capacité à y résister.


On peut aller plus loin encore, et parler de bonheur.

  1. Sera-t-il heureux toute sa vie dans ces conditions ?

  2. Peut-on imaginer que son bonheur s'amenuise ?

  3. Peut-on imaginer qu'il devienne triste de cette situation ?

  4. Le bonheur est-ce avoir tout ce que je veux ?

  5. Que se passerait-il si ce que je veux est mauvais pour moi (comme manger trop de bonbons) ?


Pour le prisonnier, avoir tout ce qu'il aime, c’est peut-être pouvoir échapper au manque, au malheur, et sa vision du bonheur consisterait à penser que la frustration et les problèmes sont une entrave à son sentiment de bonheur. Cela répond aussi à un désir : être heureux tout le temps, car le malheur n’est pas une chose désirable.


Or, les problèmes et les frustrations sont une source importante de bonheur. Quand je suis frustré et que j’obtiens l’objet de mon désir après un vif effort, je suis d’autant plus heureux que ce n’était pas gagné d’avance. Mais si j’obtiens tout ce que je veux rapidement, sans fournir d’effort et que tout m’est donné sur un plateau d’argent, où puis-je trouver mon bonheur ?


Ça peut très bien faire écho au quotidien des enfants : ”la dernière fois que tu as attendu avant d’avoir eu ce que tu voulais, qu’as-tu ressenti ? Penses-tu que ta joie aurait été aussi forte si tu l’avais eu tout de suite ? Comment serait un monde dans lequel on a tout le temps ce qu’on veut et facilement ?”


L'intérêt de réfléchir avec les enfants


C’est intéressant de réfléchir avec les enfants puisque la philo fait écho à leurs expériences. Et je dis bien "avec" car, vous aussi vous prendrez au jeu. L’avantage des expériences de pensée, c’est qu’elles vous mettent à égalité avec les enfants. Il n’y a pas de bonne réponse comme en mathématiques, il y a plusieurs réponses qui ne demandent qu’à être argumentées !


Après, selon mes exigences d’une réflexion de qualité, ça n’est pas suffisant, car on peut mal réfléchir. Mais il me semble préférable de grandir au sein d’une famille qui se questionne et qui échange, que dans une famille silencieuse sans échange.


D’ailleurs, c’est l’occasion d’apprendre à s’écouter, à ne pas couper la parole, à faire l’effort de comprendre l’autre. Par exemple, en tant que parent, vous pouvez développer votre qualité d’écoute en reformulant les propos de vos enfants. Pour les reformuler, il va falloir l’écouter et taire cette petite voix en vous qui trépigne d'envie de répondre à leurs questions.


Comment réfléchir avec les enfants ?


Vous pouvez demander : "j’aimerais être certain d’avoir bien compris ton idée, est-ce que ce que tu dis, c’est...", et vous reformulez l’idée avec vos mots, puis demandez si vous l'avez bien comprise. C'est un bon exemple à donner à vos enfants, pour comprendre l'importance de s'écouter.


Vous ne le savez peut-être pas, car ce ne sont pas des choses que l’on apprend en philo au lycée, mais vous êtes en train de développer des compétences intellectuelles nécessaires à une bonne réflexion, notamment l'écoute, faire des hypothèses, résoudre un problème (et vous l'apprenez aussi au passage).