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  • Nadia Thuilliers

Protéger les enfants des amitiés toxiques




Cet article m'a été inspiré par une jeune fille de 12 ans en atelier philo. Nous faisions un jeu. Si cet article peut interroger une personne de votre entourage, n'hésitez pas à lui partager.

J'ai adapté ce récit à mon fils de 4 ans et demi en posant des questions simples, il a changé quelque peu son comportement avec ses amis en décrétant ce qui était méchant et la limite de ce qu'il pouvait accepter de ses amis.


Cette jeune fille a fait le choix de lire dans les pensées des gens. Pas pour rire ou découvrir les petits secrets de chacun, mais pour savoir si une personne est amie avec elle par intérêt.


Il m'est donc venu la question "Qu'est-ce qu'un bon ami?"

En philosophie avec les enfants on pose souvent la question "Qu'est-ce qu'un ami?", mais finalement peu ce qu'est un bon ami. Car nous pouvons nous leurrer sur nos amitiés, ignorer, ne pas avoir conscience que la relation entretenue n'est pas bonne pour nous, pour différentes raisons.



Alerter son enfant, ça ne fonctionne pas.


On a beau leur dire ce qui est bon ou pas, l'enfant est plongé dans la relation avec l'autre. Si bien que notre leçon de morale ne fonctionne pas. Et pour cause, nous sommes en train de remettre en question la personne qu'il aime. Ça peut être vécu comme une attaque, être frontal, créer une certaines résistances, et l'impossibilité d'écouter.


Ils peuvent très bien se dire que notre position d'adulte ne nous permet pas de les comprendre et donc de mettre de côté nos conseils, nous laissant dans le désarroi.

Si nous, adultes, ne pouvons le faire, comment aider l'enfant à éviter ou sortir de ses relations toxiques?



L'aider à voler de ses propres ailes.

Faire appel aux autres enfants comme nous le faisons en atelier de philosophie. Ou poser une série de questions sans donner notre opinion (à moins que l'enfant la demande).


Il ne s'agit pas de renier l'émotion de l'enfant qui a une raison d'être.

Mais il faut lui donner sa juste place, et distancier le vécu par la réflexion, avec d'autres enfants, pour être dans le partage et pas la leçon de morale. C'est une clé pour ouvrir un nouveau possible pour l'enfant.


Comment procéder?


En premier lieu, donner des qualificatifs de ce qu'est un bon ami, donner des exemples de ce que fait un bon ami. Et faire de même pour définir ce que n'est pas un bon ami.

Laisser l'enfant décider dans quelle catégorie il met ses amis. On peut leur signifier que grâce à ces définitions, ils vont pouvoir de leur côté réfléchir à leurs relations amicales.

Voici une série de questions qu'on peut poser aux enfants:


Est-ce qu'un bon ami est toujours gentil ?


Il ne faut pas tomber dans un extrême où un bon ami serait toujours gentil. Il peut y avoir des raisons à la "méchanceté" (voir ce qu'on entend par méchanceté évidemment) pour peu qu'elle soit une expression de la colère qu'on peut ressentir envers son ami, mais cette réaction doit être dosée, et ne doit pas être une domination de l'autre sur soi.


Parler des conflits qui peuvent avoir lieu en amitié est important, mais il faut aussi définir la limite de l'acceptable. Les enfants en parlent d'eux-mêmes en évoquant les fois où ils se sont disputés avec un ami, mais parce qu'ils sont amis, ils se réconcilient.


Pour aider à réfléchir, on peut établir une liste de ce qu'un ami nous dit, et définir si c'est acceptable ou non.

  • Je trouve que tu te comportes mal en classe.

  • Je trouve que tu parles mal à ta mère.

  • Tu dois jouer avec moi, sinon tu ne seras plus mon ami.

  • Si tu veux que je t'invite à mon anniversaire, il faut que tu fasses ce que je te demande.

Ils peuvent ensuite donner leurs propres exemples de ce qui est acceptable et inacceptable.


Peut-on tout pardonner à un ami?



Cette question vient interroger les limites de ce qui est acceptable en amitié. Encore une fois, ça vient délimiter le contour du bon ami.


La liste de questions ci-dessus peut servir à illustrer cette question également.


Un ami a-t-il des droits sur nous?


Sous prétexte que nous sommes amis et que notre relation est privilégiée, cela justifie-t-il tous nos comportements? La question est légèrement biaisée ici, et influence en un sens, car elle présuppose qu'un ami peut ne pas avoir tous les droits sur nous. Ça reste néanmoins une facette à leur faire explorer pour préciser ce que fait un bon ami, et ce qu'il ne fait pas, sans que nous donnions notre propre opinion.


Et nous pouvons compléter la question ainsi: un ami a-t-il des devoirs envers nous?


Un ami peut-il tout nous dire?


Il y a deux choses ici.

  1. Un ami peut être sincère avec nous et nous alerter sur des comportements que nous adoptons. Dans ce cas c'est une aide.

  2. En revanche, certaines paroles seraient à éviter du fait que nous sommes amis.

La limite est ténue car on peut dire très franchement ce qu'on pense, au risque de blesser l'autre, comme on peut dire très franchement ce qu'on pense sans volonté d'aider l'autre à s'améliorer. Aussi, le rôle de l'écoute est important: un ami qui dit ce qu'il pense mais qui prend le temps d'écouter l'autre, peut être un signe qui le différencie de celui qui se contente de dire ce qu'il pense sans écouter l'autre, avec le faux prétexte qu'il faut dire tout haut ce qu'on pense tout bas.


Les avantages et les inconvénients de pouvoir tout dire à son ami?



Alors pour préciser ce que signifie ce "tout dire", nous pouvons explorer les avantages de pouvoir tout dire à son ami. De même, interroger sur les inconvénients viendra nuancer ce "on peut tout dire".


Par exemple: je peux tout dire par souci d'aider mon ami et parce que je juge qu'un ami est quelqu'un de sincère. L'inconvénient serait de le dire sans s'intéresser à l'autre, sans se soucier de si ça lui fait du bien ou non.


Quand considère-t-on que c'est un problème?


Puisqu'il y a des avantages et des inconvénients en amitié, quand pouvons-nous considérer que c'est un problème?

Il est possible ici de faire appel à des exemples. Attention à ne pas demander aux enfants directement s'ils ont des amitiés toxiques, cela les implique trop émotionnellement et risque de les empêcher de prendre de la distance. En revanche, on peut leur demander s'ils ont déjà observé deux amis dont l'un serait un mauvais ami, et expliquer ce qui lui fait penser ça.

Le fait de parler de quelqu'un d'autre permet de prendre de la distance entre soi et l'idée, pour réfléchir à l'idée.


Imaginons d'ailleurs que votre enfant vous parle de deux amis: