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Pourquoi les enfants disent: “J’ai pas fait exprès”?

Dernière mise à jour : 4 déc. 2023



En ce moment je me confronte à une phrase récurrente de mon fils quand il fait une bêtise. Il se justifie de suite en disant “j’ai pas fait exprès”, avec les yeux grands ouverts l’air de dire “chui pas méchant hein!!”


Mais pourquoi il me répond ça tout le temps en ce moment?


Il y a des fois où c’est un pur accident et donc, il me le signifie. Ok, pas grave, on répare!

D’autres fois c'est parce qu’il jette son doudou (de la taille d’une couverture!!) en l’air en plein milieu du salon, qui plus est pour la énième fois, alors qu’il y a un verre d’eau posé sur la table et un reste de yaourt qu’il vient de manger. N'étant pas superwoman, je ne débarrasse pas la table en un éclair!

Alors que Lapinou virevolte dans la joie et la bonne humeur, il s'écrase sur la table et tout tombe, patatras, y en a partout, sur mon tapis à poils longs.


“J’ai pas fait exprès!”
- Certes mais tu n’as pas fait attention, je t’ai déjà dit de ne pas lancer le doudou pour éviter ce genre de situation. Tu n’as pas fait exprès mais faire attention c’est aussi important”.

Ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre - pour ne pas utiliser l’expression de Chirac.


Les leçons de morale, ça ne fonctionne pas toujours.


Et puis j’ai réfléchi: pourquoi me dit-il ça? Pourquoi je lui réponds qu’il faut faire attention?


En fait, on ne juge pas une action de la même façon.


Mon fils juge une action par rapport à l’intention qu’il a (ou plutôt l’absence de mauvaises intentions).

Moi, je juge que ce qui importe, c’est la conséquence de son action. Si c’est un accident, peu m’importe, ça arrive. Mais si c’était prévisible, là je ne suis pas contente. Bah oui, mon tapis se meurt de semaine en semaine et ressemble de plus en plus à ça:


Ça me pose un problème de juger une action par rapport à son intention: si je justifie les actions des gens par leur intention, alors on pourrait faire n’importe quoi.


“Bah je voulais pas lui crever l’œil!”
- Oui, en même temps tu avais un bâton pointu que tu agitais devant son œil, c’était prévisible. Tu ne voulais pas lui crever l'œil, mais c’est arrivé”.

En quoi la philo va nous aider à dialoguer?


En posant des mots justes! Oui, car je veux en discuter avec lui, et sortir de la leçon de morale.


Mon fils est kantien

Je suis de l’école de Bentham.


2 types de morales existent en philo (pas que mais on va s’en tenir à ces deux visions).


Certes, ici, on n’est pas dans quelque chose de l'ordre d’une action morale ou immorale. Renverser un yaourt sur mon tapis à poils longs, ce n’est pas un problème moral. Mais c’est un problème lié à l’action. Et la morale a ce point commun qu’elle parle d’actions!


Vision de l'enfant: Kant, la morale déontologique.



Prenons l’exemple du mensonge. “Non, je ne mentirai pas car c’est mal”.

Je n’ai pas l’intention de mal faire. Mon intention, ma bonne volonté, me prescrit d’agir pour que mon action soit valable pour l’humanité toute entière! Quelle grandiloquence.


En gros, je dois vouloir bien agir pour le respect de la loi en elle-même qui se doit être universalisable! En ce sens, “je n’ai pas fait exprès signifie”: je n’avais aucune mauvaise intention, aucune mauvaise volonté, je n’ai pas agi contre l’humanité (Oui je sais ça va loin pour un pot de yaourt mais c’est pour mieux saisir la chose).


Vision du parent: Bentham et la morale conséquentialiste.




C’est simple, ce qui prime dans l’action, c’est la conséquence PREVISIBLE de celle-ci! Oui c’est prévisible qu’en lançant son doudou en l’air il atterrisse sur un pot de yaourt, car l’expérience a montré une bonne vingtaine de fois que ça arrive très fréquemment (la maîtrise du lancer de doudou laissant à désirer).


Donc Kant est bien gentil, n’empêche que l’enfer est pavé de bonnes intentions. La bonne intention n’est pas toujours ce qui prime dans le jugement d’une action. La conséquence reste importante et elle va nécessiter réparation si besoin, quand on peut.

Faire un croche patte à son copain qui se fait une entorse, on ne peut pas le réparer par exemple. Mais il est prévisible qu’un accident puisse se produire en faisant un croche patte.


Alors que puis-je dire à mon enfant quand il me dit "j'ai pas fait exprès"?


C’est vrai que tu n’as pas fait exprès. Ton intention n’était pas mauvaise (valider c'est super important pour ne pas entrer en confrontation). En revanche, tu vois qu’il y a une conséquence à l’action. Qu’est-ce qui est le plus important pour toi: vouloir bien agir? Ou bien ça? La conséquence de ton acte?

On peut examiner ensemble la question avec des sous questions:


Admettons que tu veuilles bien faire mais malgré tout, ça se passe mal: qu’est-ce qui te semble important?

On peut s’aider d’exemples pour réfléchir:

  • Lancer le doudou qui fait tomber le yaourt sur le tapis à poils longs.

  • Dire un gros mots à quelqu’un et le rendre triste.

  • Rire de quelqu’un sans avoir l'intention de le blesser, mais qui se sent moqué et triste.

  • Vouloir aider un enfant à se relever et le faire tomber du toboggan?

Aider un copain à se relever et qu’il tombe du toboggan: la conséquence est difficilement prévisible, donc l’intention prime.

Rire de quelqu’un sans avoir l’intention de le blesser, mais le blesser quand même peut être prévisible car c’est une chose qu’on a soi-même vécu, ou dont on a été spectateur, ou qu’on ne fait pas pour la première fois.

MAIS: est-ce que la réaction de l’autre m’appartient? Est-ce de ma faute si une personne réagit mal? Oui ça ne s'arrête jamais !!! Mais revenons à notre tapis mouton!



On voit que ces situations vont permettre de nuancer les jugements sur l’action, pour ne pas la figer en vérité indiscutable. Après tout, juger si un enfant a fait une bêtise devrait être une question que nous nous posons pour mieux réagir quand ça arrive.


Et puis, on a le droit de ne pas être d’accord. En fait la vie c’est plus compliqué qu’il n’y paraît! Et parfois, réfléchir en amont et évaluer les conséquences possibles de nos actions, peut nous aider à prendre une décision plus éclairée, justement parce que les contextes sont différents. Si on reste sur UN principe, on manque de souplesse.


Si je considère que le plus important c’est mon intention, pour quelles raisons devrais-je réfléchir? Je suis gentil moi!

Si je me rends compte qu'il y a différentes façons de juger une action, je peux réfléchir pour prendre une meilleure décision.


“Bon, que fait-on pour cette histoire de yaourt sur le tapis à poils longs?
- Je ne lance plus Lapinou.
- Ok, mais l’expérience m’a montré que tu ne tenais pas cette décision. Je te propose: on laisse Lapinou dans la chambre. Et quand tu en as besoin, tu vas lui faire un câlin.
- Ok!
- Sinon, y a les bras de maman” …
- Non je préfère mon doudou Lapinou

Je me fais devancer par Lapinou …


Il y a de gros bénéfices à réfléchir avec les enfants et leur apprendre à le faire. Mais pas facile si on n'a pas de connaissances sur le sujet. Donc si t'as envie de nourrir ton enfant de ces réflexions pour qu'il fasse des choix de façon autonome, c'est par ici que ça se passe.


ateliers philo pour enfants en visio


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